Ma vie avec John F. Donovan

Le film démarre. C’est comme une cuillère de Nutella. On effleure à peine la cuillère sur le bout de notre langue, l’arôme noisette nous possède tout entier et on devient nostalgique d’un moment qui n’a pas encore commencé. C’est exactement l’effet que l’on ressent.

5ème minute et je me dis déjà que je n’ai pas envie que l’histoire se termine. Est-ce qu’on ne va pas au cinéma pour s’immerger dans une ambiance particulière ? Pour les odeurs, les bruits, les images et la sensation de s’oublier le temps d’une histoire ? Un film c’est une parenthèse. Un moment à soi où paradoxalement on essaie de s’oublier.

Je suis entrée, je me suis installée dans le fauteuil rouge qui sublima mes pommettes. Dès les premiers instants j’ai eu l’impression d’être bercée. Une sensation d’être au bon endroit au bon moment, imprégnée par l’univers Dolan.

Je ne sais pas vous mais ce que j’aime le plus dans les films, c’est percevoir le détail que l’on retrouvera dans la scène suivante ou qui fera écho à la scène finale. Reconstituer les scènes comme un puzzle, car les intrigues sont dans les détails. Et c’est ce que j’aime chez Dolan. Sa poésie, ses convictions et ses engagements portés à l’écran en toute subtilité.

Univers feutré, messages engagés. Homosexualité, relation mère-fils, relation familiale, s’assumer, être différent, croire en ses rêves, prendre ses rêves pour des objectifs et mépriser les obstacles. Tout le monde peut s’y retrouver. Tout le monde peut s’y projeter.

Années 90, séries télévisées, il nous fait régresser vers une époque que l’on aime. Celle de notre enfance, avant l’explosion d’internet. C’est réconfortant. On s’y sent bien, presque trop bien.

Le réalisateur nous plonge dans un mélodrame dans lequel on se perd volontiers. On passe d’une époque à une autre sans ne jamais perdre le fil.

Dans Ma vie avec John F. Donovan, Xavier Dolan donne une tonalité si particulière à chaque personnage, que si l’un d’eux manquait, il serait impossible de terminer le puzzle. Kit Harington, Jacob Tremblay, Susan Sarandon, Natalie Portman, Kathy Bates, Thandie Newton… je me dis que j’ai arrêté le théâtre beaucoup trop tôt.

Quelle propension à dépreindre avec autant de minutie, de réalisme et de complexité le caractère de ses personnages ! Xavier Dolan n’est pas juste un réalisateur. C’est un chef d’orchestre. Son scénario défile comme une partition. Les plans déterminent le rythme, les acteurs participent à la mélodie et les silences en refrain subliment la partition.

Les silences. Les silences. Les silences. C’est sans doute ce qu’il y a de plus beau. Quand l’acteur est à nu, seul avec ses émotions, son corps et son visage.

Dolan nous berce et nous porte. Alors laissons-nous porter !

Quant à la fin… Je ne vous la dévoilerai pas. Mais j’aime ces fins ou chacun peut choisir le destin du personnage. Renouer avec les énigmes, se replonger dans le film pour décider de la meilleure conclusion. Oh ! Il n’y a pas de meilleure fin, non ! Un peu comme le Nutella. La fin est meilleure quand elle n’existe pas.

DeLouison.