MASTER CLASS DE CLAUDE LELOUCH

Ses parfums de vérité…

« J’ai testé différents parfums d’aventures. Car c’est l’aventure qui doit d’abord primée. Je n’ai pas de regrets car je sais que toutes ces merdes m’ont fait grandir ».

Le cinéma de Claude Lelouch

Discret, légèrement courbé par le poids des caméras, il s’avance modestement sous les applaudissements de la salle, la main sur le cœur en guise de remerciements. Tandis qu’on ne le présente plus, il prend une gorgée de thé et anticipe déjà la première question. Sa simplicité n’est pas si étonnante. Lui qui a passé sa vie derrière « son troisième œil », comme il l’appelle, il a su s’effacer au profit des acteurs et des scénarios écrits au gré du hasard. Mais cette discrétion c’est sans nul doute ce qui fait son nom. Il n’est pas visible à l’écran et pourtant il est partout.

La Masterclass commence avec un extrait de Salopard, on t’aime. Une scène en huit- clos à la montagne, quel paradoxe ! Et tandis que Claude Lelouch regarde l’extrait comme pour la première fois, il répond : « le cinéma c’est l’art de la démocratie et de la dictature ». En d’autres termes, dans le plan large c’est le public qui est le metteur en scène et qui choisit de fixer son regard. Alors que dans le gros plan c’est le réalisateur, ce dictateur qui conditionne notre œil.

« Vous savez le cinéma c’est l’art de la compression. De l’esprit de synthèse. Au cinéma on peut voir le bout du point de vue.» Il poursuit en narrant sa vie au travers des sièges rouges, des écrans géants et des paysages dans lesquels il se perd. Il dit avoir voulu faire du cinéma car les gens sont plus beaux au travers des écrans. Et la déception de la réalité l’a forcé à produire un présent plus beau. Car le cinéma « nourrit nos aventures. Alors que la télévision nourrit nos habitudes.»

« Le public n’est pas assez savant pour raisonner de travers ». Car on le sait tous. L’expérience de la salle de cinéma, de l’odeur, des bruits, des dimensions…
Et surtout du public, modifie notre regard.

Claude Lelouch est contre la pensée négative car « c’est celle qui reste » alors que « la pensée positive c’est celle qui fait du bien et dont les effets sont incalculables ». Ce sont « les parfums de vérité qui gagnent » soupire le réalisateur.

Ce qui nous fascine chez ce réalisateur c’est sa façon de formuler simplement ce que nous ressentons tous. Il dit d’ailleurs : « La souffrance et l’échec c’est la plus belle université du monde ». Cet autodidacte du cinéma, parti explorer le monde avec sa caméra que son père lui acheta à force de sécher les cours, est un amoureux de la vie. Et c’est parce qu’il fait confiance à la vie qu’il a pu écrire ses films : « A chaque fois que j’ai fais confiance au hasard je me suis fais plaisir et j’ai été récompensé ».

Cet autodidacte du cinéma

Valsant entre les mots, décrivant son point de vue et analysant son parcours deux mots reviennent sans cesse : le présent et l’irrationnel. « Le bon sens c’est l’art d’utiliser le présent. C’est l’école irrationnelle, qui, combinée à l’instinct fait ressortir des choses exceptionnelles. Parce qu’on est dicté par notre raison. Mais notre inconscient pense toujours l’inverse. » Il ajoute d’un ton rieur que dès qu’une idée lui survient, il se retourne pour voir qui lui a soufflé, alors il se retourne et « il n’y a personne ». Et dans cette vision unique qu’il a de la réalisation, il ajoute qu’ : « une bonne idée ne va jamais chez les feignants. Les idées vous cherchent. Les idées vous choisissent comme les histoires d’amour. Comme les femmes. Car elles s’occupent mieux d’une idée ». Ce qui ne manqua pas de soutirer un sourire à la salle.

Dès lors si ce réalisateur à la vision sûre et bien particulière nous expose ses desseins, on peut alors se poser les questions suivantes: quels sont les rapports qu’il entretient avec les acteurs ? Qui sont-ils ces humains qui en incarnent tellement d’autres ? Et quelles visions porte-t-il sur ces acteurs ?

Les acteurs ce sont des consommateurs d’amour dans des proportions anormales. Une star c’est le reflet d’un pays. C’est à un moment donné la synthèse de Monsieur tout le monde. Car la comédie c’est la retenue. C’est laisser parler ses yeux qui sont la vraie vérité.

LES CESARS 2016

On le voit se replonger dans ses souvenirs, la tête baissée et on imagine que les films se déroule dans ses yeux, que les dialogues antérieurs renaissent et qu’il tente de se reconnecter à ces moments passés avec les acteurs.

En cela nous ne devrions donc pas parler de « bon » ou de « mauvais acteur » mais de vérités ou de mensonges. Car un acteur n’est-il pas un livre ouvert ou un simple regard permettrait de lire le récit et d’en apprécier les moindres sensations ?

Un amoureux de l’amour

Si en un mot nous devions définir Claude Lelouch, il me semble que c’est « l’amour » qui le définirait le mieux. L’amour comme un sujet qui le touche, comme un sentiment qu’il a expérimenté pour le retranscrire à l’écran et l’amour comme le déclencheur de tous ses récits.

« On a toujours trois femmes. Celle qui a nous a quitté, celle du présent qui nous occupe tout notre temps et celle qui rôde autour et qui sera présente quand vous allez tomber du nid ». Autrement dit, le plus important c’est de vivre dans le présent et d’écouter la part d’irrationnel qui sommeil en chacun de nous. Car « la seule certitude c’est que les choses ne se passent jamais, jamais, jamais comme on les avaient imaginés ».

Et après 2heures de Masterclass, les yeux rivés sur cet être qui nous ressemble et qui semble si loin. Après des leçons gravées dans nos têtes. Des analyses personnelles et un regard qui a presque tout vu, sous tous les angles et au travers de milliers de visages. Il termine cette conférence sur un trait d’humour, et tout en souriant il nous dit : « J’ai testé différents parfums d’aventures. Car c’est l’aventure qui doit d’abord primée. Je n’ai pas de regrets car je sais que toutes ces merdes m’ont fait grandir ».

DeLouison.

6 réflexions sur “MASTER CLASS DE CLAUDE LELOUCH

  1. Une sensibilité à fleur de peau
    Une envie de dévorer la vie
    Des projets plein la tête
    Une curiosité jamais satisfaite
    Un objectif qui la porte
    Font que cette belle jeune fille passionnée nous offre de belles lectures.

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